SOS-Salamandre

© Tiago Se Sousa

Depuis ces dernières années, un pathogène fongique nommé Batrachochytrium salamandrivorans (Bsal) ayant de graves effets sur les populations d’amphibiens sévit en Europe. Originaire d’Asie, ce champignon s’attaque à la peau des salamandres et des tritons (urodèles) en provoquant des lésions cutanées la plupart du temps mortelles.  Il a probablement été introduit involontairement sur le continent par le commerce des animaux de compagnie exotiques dont certains étaient des porteurs asymptomatiques du pathogène (animaux infectés par le Bsal ayant développé une résistance).  Après sa découverte aux Pays-Bas en 2010, il a été signalé dans les pays voisins comme l’Allemagne et la Belgique où il a provoqué des déclins catastrophiques dans les populations de salamandre tachetée (Salamandra salamandra). D’autres urodèles comme le triton crêté (Triturus cristatus) ou alpestre (Ichthyosaura alpestris) sont aussi menacés par ce pathogène, mais également par d’autres maladies.

En effet, le Bsal vient s'ajouter à la liste d'autres maladies relativement nouvelles et dont l'impact à long terme sur les populations d'amphibiens est insuffisamment connu. Certains d'entre eux, comme le Bsal et le Ranavirus, peuvent entraîner une mortalité massive chez les populations touchées. D'autres, comme Batrachochytrium dendrobatidis et les herpesvirus (Bufonid herpesvirus et Ranid herpesvirus) affaiblissent les individus et réduisent leurs chances de survie. L'émergence de ces nouveaux pathogènes affectant les amphibiens, qui sont déjà soumis à des pressions en raison, entre autres, de la fragmentation de leur habitat et du changement climatique, doit alors renforcer notre vigilance. Nous devons suivre cette situation de près et réagir rapidement lorsqu'une infection est détectée sous peine de voir certaines populations s’effondrer au Luxembourg.

 

Le Bsal est observable par la présence de petits ulcères et lésions sur la peau des urodèles comme ceux observables sur la photographie ci-dessous d’une salamandre atteinte par ce pathogène (la photo compile plusieurs niveaux de zoom a,b,c,d, cf. Pascale van Rooij et al.: Amphibian chytridiomycosis: a review with focus on fungus-host interactions. In: Veterinary Research 2015; vol. 46, nr. 137, doi:10.1186/s13567-015-0266-0 ).
© Pascale van Rooij

Compte tenu de sa virulence et du fait qu’il semble toucher une large gamme d’hôtes, le Luxembourg souhaite mettre en place un Plan d’action préventif dédié à la préservation des salamandres et tritons encore non impactés par la présence du Bsal. Ce plan visera notamment à renforcer le système de surveillance actuel à travers la mise en place d’inventaires (monitorings) ciblés et via la sensibilisation de tous citoyens à l’existence de ce nouveau fléau pour la biodiversité.

En attendant la parution de ce document, vous pouvez d’ores et déjà nous aider à minimiser les risques de propagation du Bsal en respectant les règles de biosécurité et en nous alertant lorsque vous suspectez qu’une salamandre est atteinte du Bsal.

Le protocole de biosécurité présente plusieurs points à respecter :

  • Éviter de fréquenter les habitats des salamandres et tritons tels que les cours d’eau, les berges, les mares et autres point d’eau forestier, vous pourriez transporter sur vous le Bsal d’un endroit à un autre et donc étendre sa répartition;
  • Effectuer vos balades (randonnées, vélo, etc.) en restant sur les sentiers et en tenant vos animaux de compagnie en laisse ;
  • Ne touchez jamais les salamandres et autres amphibiens, vous pourriez les contaminer ou propager le pathogène ;
  • Si vous pénétrez dans l’habitat des tritons ou des salamandres (zones humides en milieu forestier), il est impératif de nettoyer vos chaussures, pantalons, mains (tout ce qui a été en contact avec la nature) avec une brosse et de l’eau pour enlever toute matière organique comme la terre ou les feuilles puis appliquer en complément une solution désinfectante adaptée (Ethanol EtOH concentrée à 70% ou Virkon-S à 10 grammes par litre d’eau) afin d’éliminer la présence éventuelle du Bsal.

 

Signaler la présence d’une salamandre ou de triton portant les signes du Bsal :

Si vous observez la présence de petits ulcères à la surface de la peau d’une salamandre ou d’un triton, prenez une photo et envoyez-la-nous via le formulaire de signalement !

Si vous trouvez le corps d’une ou plusieurs salamandres mortes (ou tritons) en parfait état, prenez aussi une photo et faites-nous-la parvenir via le formulaire de signalement !

En nous indiquant avec précision (coordonnées GPS) le lieu de votre observation et en laissant vos coordonnées (numéro de téléphone, mail) lors du remplissage du formulaire, vous nous apporterez de précieuses informations qui nous permettront de réagir au plus vite. Un spécialiste arrivera alors dès que possible pour évaluer la situation.

Nous tenons à vous remercier par avance pour votre compréhension et coopération dans ce projet de sauvetage. Nous mettrons régulièrement à jour cette page internet afin de vous tenir informés de l’avancement du projet et de l’état de la situation du Bsal au Luxembourg. Néanmoins, pour plus d’information sur ce pathogène, vous pouvez consulter les sites internet suivants :

Consulter le protocole de biosécurité européen

 

Bon à savoir:

  • Le Bsal est inoffensif pour l’Homme et les animaux de compagnie comme le chien et le chat.
  • En l’absence de désinfectant adapté, le matériel exposé au milieu comme mentionné peut-être mis en quarantaine (à l’écart) pendant une journée une fois lavé à l’eau du robinet.
  • Les restrictions décrites ne visent pas à réduire les libertés individuelles, elles ont pour vocation d’oeuvrer à la diminution de l’expansion du Bsal  et de ses dégâts;  
  • Dans les réserves naturelles, il est déjà interdit de se balader à l’écart des sentiers afin de ne pas déranger et nuire à la faune et à la flore menacées.
  • Les salamandres, les tritons, et la plupart des espèces du Luxembourg bénéficient déjà de plusieurs  statuts de protection qu’il convient de ne pas oublier et de respecter sous peine de poursuites judiciaires (Directives Habitats-Faune-Flore, Convention de Berne, CITES, règlements grand-ducaux, etc.), toute capture, manipulation, collecte, perturbation, vente de ces espèces est en outre réglementée. 

Dernière mise à jour