La séquestration du carbone dans les sols est l’une des solutions souvent évoquées et mises en avant pour compenser une partie significative des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique et ainsi lutter contre le dérèglement climatique. D’après les travaux du Groupe d’experts International sur l’Evolution du Climat (GIEC), la séquestration de carbone dans les sols constitue l’une des techniques de retrait du dioxyde de carbone atmosphérique les plus intéressantes car elle possède un fort potentiel, est mâture techniquement, peut être implémentée rapidement à coûts modestes et peut engendrer de nombreux co-bénéfices pour l’environnement et l’agriculture. Certaines estimations suggèrent que les sols minéraux seraient capables de séquestrer annuellement des quantités significatives de carbone, comprises entre 0,4 et 8,64 GtCO2/an à l’échelle mondiale, ce qui est du même ordre de grandeur que l’augmentation annuelle de la quantité de carbone contenue dans l’atmosphère engendrée par les activités humaines (+4,3 GtCO2-eq/an). Ainsi, au moins théoriquement, les sols pourraient jouer un rôle majeur dans la lutte contre le dérèglement climatique en séquestrant une fraction importante du CO2 émis.
Dans le but de promouvoir le rôle de puits de carbone des sols du Luxembourg et d'orienter les politiques publiques liées à la gestion des sols (agriculture, sylviculture, gestion des espaces verts urbains, aménagement du territoire) vers les opportunités les plus prometteuses de séquestration de CO2, il est indispensable de connaitre les capacités de stockage de carbone des sols Luxembourgeois. En effet, le rôle de puits de carbone d’un sol n’est pas infini et dépend de nombreux facteurs (type de sol, climat, usage du sol et pratique de gestion) et à ce jour aucune évaluation de ce potentiel n’a encore été faite au Luxembourg. Plusieurs études menées à l’étranger montrent que la capacité de stockage des sols est variable mais intéressante pour la lutte contre le changement climatique. Toutefois, il n’existe pas de consensus scientifique concernant la méthodologie à appliquer pour estimer cette capacité d’un sol. La littérature scientifique montre que plusieurs approches sont possibles, en fonction des concepts, des outils et des données utilisés.
La présente étude vise à identifier et tester les méthodologies permettant de localiser et de quantifier les potentiels supplémentaires de stockage du carbone dans les sols luxembourgeois. Six méthodologies différentes d’estimation du potentiel de stockage du carbone organique du sol (COS) ont été identifiées et, parmi celles-ci, quatre ont été testées. Les résultats obtenus montrent que ces quatre méthodologies peuvent être mises en œuvre à partir des données disponibles au niveau national et fournissent des résultats intéressants et prometteurs. Cependant, les résultats obtenus ne sont que provisoires et ne peuvent pas encore être réutilisés, en particulier par les décideurs politiques ou les gestionnaires fonciers, en raison de nombreuses limites techniques qui restent à lever. De plus, les valeurs du potentiel de stockage du COS obtenues sont des valeurs théoriques et ne doivent pas, par défaut, être considérées comme des objectifs à atteindre sans tenir compte d'autres aspects opérationnels, tels que la production agricole ou forestière, l'aménagement du territoire ou la protection de l'environnement. Afin d'obtenir des estimations fiables du potentiel de stockage du COS à l'échelle nationale, il sera nécessaire de refaire les calculs tout en remédiant aux limites identifiées dans cette étude.